Nouvelle: Ange Déchu sur le chemin du Diable (Partie 1: chapitres 1 à 4)

Chapitre 1 : Bienvenue en Enfer.

 

 

J'ai couru du plus vite que j'ai pu. Mes pieds suivaient le rythme de mon cœur qui battait la chamade, seule dans le noir, vers l'inconnu. Ce qui venait importait peu, c'est ce qui était venu qui me donnait la force de courir à cette vitesse. Une course rapide et inconsciente, une course de survie, une course sans fin.

Soudain, un coin de rue, un banc, un lampadaire et c'est une main qui saisie mon bras. Stoppé net en pleine course, je n'ai plus de souffle, mon cœur va sauter… J'ai peur tout simplement, j'ai peur de mourir.

 

Un homme, je lui fais face, il me tient le bras. C'est lui ?! Je suis à sa porté, pas d'échappatoire, je suis morte. Cette silhouette se rapproche, mon cœur ne tient plus, il faut fuir… Cours idiote, cours, ne reste pas là ! Impossible, mes jambes sont pétrifiées, je regardes la mort jouer. Une large veste en cuir, un t-shirt à capuche, Il joue mais il fera bien son travail, j'en suis certaine. Il se rapproche de plus en plus, Pourquoi ne pas crier ? Il m'a volé ma voix… ma voix et non mes larmes, Il jouie de ce spectacle, il se divertie. Je n'ose pas esquisser un geste, lui qui peut m'ôter la vie en un clin d'œil, lui n'hésitera pas. Ces lèvres bougent mais je n'entend rien, mon esprit est ailleurs. Il me secoue, - Un instant ! tire sur mon bras. - Et où on va comme çà?! Qu'est ce qui m'arrive, je suis en danger, il faut fuir. Je tire mon bras de l'étreinte et cours, j'ai perdu trop de temps, il doit être tout prés. Une flaque d'eau, je glisse, fin de la course, il est là ! Une main sur mon épaule, ma poitrine se ressert sur mon cœur. Même pas le courage de tourner la tête. - Pourquoi fuir ? Je regarde du coin de l'œil, il est là, penché sur mon âme.

 

Je me relève, il retire sa main. Mais d'où me vient ce soudain courage ? Une légère lumière nous éclaire tout deux, la pluie fine tombe toujours… Je me sens bien… pourquoi ? Son sourire ! Un de ceux qui apaisent les plus grandes souffrances, qui vous transporte dans un monde parallèle et vous installe en sécurité dans le bien être le plus complet. Je me sens bien mais pourquoi ? Alors il tend ces bras et les rabat sur mes épaules. - Je ne sais pas ce qu'il vous est arrivé,mais c'est fini maintenant. Puis il me blotti contre sa poitrine comme une mère console son enfant. En temps normal, j'aurais remarqué cette musculature, ce corps puissant, robuste, qui devient si tendre maintenant. Ses bras élancés, sa main glissant dans mes cheveux, douce comme de la soie. Cette Longue carrure qui me couvre de la pluie glaciale et cette étreinte chaleureuse. Je me sens si bien mais pourquoi ? - C'est fini, plus rien ne peut t'arriver. Puis, après un long moment de silence agréable, il me retire de son cocon, et de ses bras. Tout d'un coup, je me sens si découverte, si inoffensive, au cœur de l'insécurité. Je cherche alors son regard comme pour trouver un peu de soutien, de compassion, mais…

 

Mais ce n'est plus le même, non ! C'est lui, je le reconnais, il m'a piégé ! il me manipule, il joue avec sa proie. Espèce de monstre ! La torture est trop bien ficelée, si insupportable, j'abandonne, je ne suis pas à la hauteur. Prends ma vie, je préfère mourir que te voir admirer la souffrance de ton jouet. Prends la ! Je n'ai plus la force… tu n'obtiendras plus rien de moi. Que la mort frappe, je n'ai plus peur de la voir œuvrer. Alors frappes, frappes moi !

Alors il frappa, mais de quelle manière, la mort sait jouer. Ce sourire… ce même sourire, est ce possible d'être aussi cruel que la mort elle-même ? Ces bras se tendent, ils passent à l'acte. Alors c'est ici que tout fini, triste existence. Les yeux fermés, dents serrées, jambes crispées et bras tendus, j'attend mon heure.

 

Quelle est cette chaleur ? Je pensais que la mort était froide… c'est plutôt agréable comme sensation. Mes muscles se relâchent, mes yeux s'ouvrent enfin mais je suis toujours là, dans la rue, en face de lui. L'atmosphère est moins oppressante, je réalise que je ne fait que d'halluciner depuis tout à l'heure. Sa présence reste encore sécurisante et je me sens bien à nouveau. Et cette chaleur, c'est lui qui vient d'enlever sa veste pour me la passer autour des épaules. J'apprécie son geste mais je n'arrive pas à le remercier, il doit certainement me prendre pour une folle. - Bon, je te ramène chez toi, tu habites loin ? j'était si bouleversé que la seule réponse qu'il ait obtenu de moi fut un hochement de tête négatif.

 

Durant la route du retour, il y eu un grand silence, à nouveau. Il était là, à mes cotés et tenait un air sérieux mais distant, un air de désintérêt. Mais j'étais persuadé que ce n'était qu'un air, il cachait son jeu. Et moi, je le regardais, ébahie. Analysant son attitude, cherchant quelque chose. Après quelques dizaines de mètres, il ralenti sa route puis stoppa net. Il se retourna lentement, il était préoccupé, pourquoi cette méfiance ? J'ai arrêté de respirer et je me suis tourné de la même manière pour découvrir ce qu'il se tramait derrière nous. Mais rien… la nuit à perte de vue. Un silence si plat qu'il en devenait presque oppressant. Soulagé, le demi-tour se fit presque instinctivement mais c'est là… C'est à ce moment là, que je croisa son regard. Je ne voyais pas ses yeux, ni même son visage, encore inconnu jusque là. Mais ces deux triangles brillants, ces deux pyramides de foudres, illuminants la nuit. Ces yeux… ces yeux, ce sont ceux du Diable. Mon Dieu ! Qui est il ? il regardait là bas, au loin mais ces yeux m'agressaient. J'étais comme frappé par la puissance de Médusa. Pétrifié, quel choc psychique, vif comme un éclair peut frapper le sol. Comment ne pas les remarquer, ils étaient la seule source de lumière dans cette nuit noire ? Comment peuvent ils faire autant d'effet sur moi alors qu'il ne me fixent pas ? Cet homme garde un secret et je serais bien incapable de percer un si grand mystère. Il pivota alors la tête vers moi. Et esquissa ce sourire si tendre. Le sourire était un magnifique cadeau mais le masque était toujours fermé. - Tout va bien ? Je lui fit signe que oui, même si ce n'était pas vraiment le cas, dans ma situation. Je suis à moitié nue, à moitié à cran, à moitié morte d'épuisement. Je me fait raccompagner chez moi par un parfait inconnu, extrêmement bizarre, dans la nuit la plus noire. Sinon tout va bien pour le mieux dans le meilleur des mondes, je suis juste pourchassé par un déséquilibré mental qui veut certainement ma mort. Nous avons continuez notre route. Une route pour laquelle il me laissait l'initiative. Au moment même où mon corps pivota pour entreprendre une marche vers le bout de la rue, il se retourna une nouvelle fois, comme pour défier une tierce présence. Puis lentement, il fit le mouvement inverse tout en emboîtant mon pas. Il se tenait non loin de moi, pour marquer sa présence et me sécuriser, mais il resta tout de même légèrement à l'écart, pour marquer une certaine distance entre nous. 

 

Maintenant, on est devant chez moi. Il n'avait pas besoin de demander, il savait que c'était ici. Il l'avait deviné. - Merci pour tout, ce fut le premier son de ma voix qu'il entendit cette nuit là. Il sourit, une dernière fois mais ce n'était pas le même, celui là était plus sincère, plus jovial. Et alors, il fit marche arrière, tourna le dos à la maison et marcha les mains dans les poches. - Mais qui êtes vous ? quelle ingéniosité ma belle, c'est maintenant que tu lui demandes… - Ce n'est pas important, rentres chez toi, reposes toi et fais le vide dans ta tête… çà, c'est important. Fit il en regardant par-dessus son épaule, sans prendre la peine de se retourner à nouveau. J'avais compris sa volonté mais je voulais savoir à qui j'avais à faire. - Mais… votre blouson ! Lui lançais-je en le retirant. - Gardes le, je n'en ai plus l'utilité et je ne suis pas frileux. Ciao et bonne journée. Je voulais insister mais il avait déjà disparu dans la nuit, main levé pour signe d'adieu. - Merci, çà me fera un bon souvenir. ai-je pensé au fond de moi. Je restais là, sur le pallier, malgré toutes ces souffrances et cette fatigue. Tel une orpheline, un vagabond perdu, j'ai attendu là pendant une heure. Espérant que, peut être il réapparaîtrait. Mais ce goût amer de regret que j'avais dans la bouche resta bien amer. Puis finalement je me suis convaincu qu'il avait eu raison de ne rien dire. - Merci étranger de la nuit, merci d'être tombé à pic.

 

 

Chapitre 2 : Mystère et Diablerie

 

 

J'ai toujours été rigoureux dans mon travail, toujours sévère envers moi-même. Ma pensée, toujours droite, et mon raisonnement, toujours rationnel. Qu'est ce qui n'a pas marché ? Qu'est ce que je n'ai pas saisi ? Il y a un hic. J'avais tout calculé. Il manquait un paramètre. Mais ne vous en faites pas mes amis, le jeu bat son plein. Vous voulez m'attraper, alors venez me chercher petits ignorants, mais ouvrez bien l'œil. Je veillerais sur vos âmes. Le Diable a loupé une encoche, mais la diablerie, elle-même continue… Venez à moi, justiciers célestes et archanges de la vérité. Jouez donc ce rôle que l'on ne vous a pas attribué. Assumez donc cette fonction que l'on ne vous a pas confié. Amenez donc le bûcher de la sentence divine. Amenez les clous et le crucifix en punition. Amenez même les saints de Dieu, si cela vous chante. Mais ne palabrez pas sur ce dont vous ignorait la nature. Amenez moi la Rédemption de Dieu, afin que je puisse cracher dessus. Amenez moi sa Salvation, que je puisse m'en moquer. Ne voyez vous donc pas ce ramassis de blasphèmes et d'occis ? Alors, quitte à être aveugle mes chers amis. Afférez vous à trouver une punition à la hauteur du crime commis. Afférez vous à trouver une sentence convenable pour le Mal lui-même. Oui, punissez moi, j'attends. Punissez donc ce Diable qui vous nargue et vous provoque. Montrez vous fermes et dures, sévères et sans pitiés. Brisez moi les os, broyez moi la chaire et chassez mon esprit. Invoquer La clarté bienveillante des Cieux qui viendrait me foudroyer. Punissez moi, venez mes amis, venez me punir. Oui ! Punissez ce que vous êtes. Punissez ce que vous avez engendré. Punissez ce Mal qui vous ronge les tripes.

 

Un jour viendra mes amis, ou vous ne serait plus, et moi serait toujours. Je vous conseille alors de vous dépêcher. Hâtez vous à satisfaire votre vile besogne. Tuez ce qui vous tue. Le Mal est parmis chacun de vous, tapie dans l'obscurité de votre âme, prêt à bondir sur la plus mince ombre d'amour, germe de votre bienveillance. Hâtez vous car votre temps est déjà compté. Accélérez la cadence sans pour autant presser votre jugeote. Car la tâche à accomplir n'est pas une mince affaire. Elle demande toute votre attention. Et mérite déjà toutes vos inquiétudes, peines et rancoeurs. Le monde pourrie et il est presque trop tard. Vite ! Faites le nécessaire. Annihiler toute cette pourriture ! Commencez donc par écarter vos vierges du vice. Eloigner vos enfants des péchés. Et protéger vos églises des flammes de l'Enfer. Le Mal est ici… il est aussi là… il est en fait, partout. Pour preuve : je sévis dans vos prisons, je règne dans vos armées et je recrutes même dans vos écoles. Calmez vos ardeurs messieurs, cela n'est que de votre faute. Et non de la mienne. Le fautif est toujours celui que l'on veut voir comme tel, mais pouvez vous considérer le pale reflet du miroir qui vous dévisage ? Pouvez vous contempler vos fautes, torts et erreurs ? Pouvez vous leur faire face sans vous voiler la face, sans les rejeter ? La réponse raisonne dans vos esprits avec la même sonorité : « responsable » et « coupable » ne sont ils pas les piliers de votre justice… Pourquoi ne pas l'appliquer ? L'imperfection est votre propre, la vie, votre plaie. Craignez ce qui vient mes amis. Craignez l'avenir ! Car c'est de là que vous pourrez admirer le commencement de la Fin. Les bras de Dieu seront votre linceul ; le Jugement dernier, votre pierre tombale.

 

Et moi… je serais le verrou et les clous de votre cercueil.

 

 

Chapitre 3 : L'Antre du Diable.

 

 

Des cris… plus de cris… encore des cris. Depuis que j'étais entré ici, je tremblais de chaque petit centimètre de mon corps sans pour autant bouger mes membres. Recroquevillé sur le sol, j'attendais qu'il vienne, impuissante. Encore et toujours elles criaient, encore et toujours des hurlements de femmes. Et même lorsqu'ils cessaient, ils me hantaient. Le silence aussi était une douleur. Il signifiait que la victime avait succombé et que le bourreau avait fini de se divertir. Mais la peur était d'autant plus grande lorsqu'ils recommençaient. Impossible de détacher mes pensées de cette atmosphère. J'était fatigué, j'avais faim, mon corps était trop faible. Quatre murs massifs, une lourde porte en métal. C'est ici qu'il m'avait amener et c'était le seul endroit que j'ai connu durant une semaine environ. Cet homme n'est pas humain, je le sais. C'est le Diable en personne. Il m'a drogué, il m'a rasé les cheveux,il m'a déshabillé puis m'a douché en m'attachant au mur. Il m'a humilié ! Tout en prenant soin de ne jamais montrer son visage. Il savait ce qu'il faisait, il prenait du plaisir. Et il devait faire de même avec ces autres filles. Leurs hurlements étaient insupportables mais après trois jours, je n'y faisais plus attention. Ils faisaient partie du décors, de cette atmosphère glauque. Il devaient les battre, les torturer, les violer peut être. Mais je m'efforçais de ne pas y penser. Ici, la solitude et la souffrance étaient mon quotidien, et les rats ma compagnie. La drogue avait bien fait effet, je ne me souvenais de rien avant ici. Qui qu'il soit, il était malin et habile. Après quatre ou cinq jours, assis par terre, j'en avais assez de rester à attendre que le monstre pointe le bout de son nez. Je me suis dressé sur mes jambes faiblardes en m'aidant de mes bras. Puis je suis allé jusqu'à la porte, je l'ai observé. Et je l'ai poussé avec le peu de force qu'il me restait. Elle ne résista pas et s'ouvrit. Pendant un moment, je croyais halluciner, et je restais là, à essayer de me convaincre que cette porte était resté ouverte tout ce temps, en passant ma main à l'extérieur à plusieurs reprises. Ce n'était pas la folie qui m'avait rattrapé mais bien la chance. Je m'extirpa de ma prison et vagabonda dans cet immeuble. Aucune lumière, aucune fenêtre. Mes jambes étaient si lourdes, le désespoir venait se mêler à la douleur. Les dix minutes qui suivirent, furent les plus longues de toute mon existence. J'étais en train de parcourir l'Enfer, l'antre du Diable. Je passa le seuil d'une porte et mais jambes se stoppèrent brusquement. Pourquoi ? pas maintenant. Et c'est là que je compris… J'avais peur. Quelqu'un m'observait quelque part. Mes yeux scrutèrent l'obscurité, cherchèrent la source de cette peur. Une commode, une table propre, une chaise avec une veste en cuir, un grand miroir. Ma tête pivotait très lentement comme pour ne pas attirer l'attention. Et c'est là… 

 

C'est là que je croisa son regard dans l'obscurité, il était si noire. Si profond et obscure qu'il en glaçait chaque parcelle de mon corps. Un regard maléfique qui suspend le temps et paralyse les sens. Ses yeux, cachés derrière ses longs cheveux noires, lancèrent mon cœur dans une infernale danse avec la peur. Le sang sur son débardeur blanc me fit frissonner puis trembler d'effroi. Ce long instant ne dura que quelques secondes. La peur me rattrapait enfin, alors je décidais de fuir pour la semer. Jamais de ma vie je n'aurais penser courir aussi vite. Une porte, un escalier, un couloir et une autre porte. J'étais dehors, dans la nuit, dans le froid. Il pleuvait des fines gouttes glacées. Mais cela n'a pas découragé ma course.

 

La jeune Sarah Sameberg, vingt cinq ans, venait de faire sa déposition auprès de l'agent qui lui faisait face. Elle laissa ensuite son regard se poser, contre la fenêtre qui bordait le bureau, comme toutes les gouttes de pluie qui s'écrasaient de l'autre coté de la paroi vitrée. Cela lui rappelait tout ce qui s'était déroulé ensuite, la pluie glaciale, la rue obscure et l'inconnu. Elle se souvenait de tout, sa force, son calme et son sourire… tout revenait avec tellement de détails qu'elle s'en étonnait. Au-delà du traumatisme, elle avait assimilé tout cela à un bonheur inconditionnel. Exactement comme le souvenir que lui évoquait le blouson en cuir qu'elle portait toujours sur elle depuis, même aujourd'hui. Lorsqu'elle s'en rendit compte, une nouvelle fois, elle posa ses mains sur la surface des manches, recouvrant les avant-bras, et la palpa tendrement. Puis elle respira l'odeur, imprégnée sur la large épaisseur de cuir noir, à laquelle elle vouait une excitation particulière. Elle lui évoquait l'inconnu et stimulait son imagination. Un parfum d'homme qu'elle considérait comme aphrodisiaque, chaque bouffé de cette odeur invoquait en elle une pensée érotique qu'elle avait de plus en plus de mal à faire disparaître.

 

C'est à ce moment précis qu'un homme fit irruption dans la pièce. Un quarantenaire  de taille moyenne, carrure trapue et à l'aspect plus que viril. Son semblant de barbe brune et sa large mâchoire bombée ne lui donnaient pas un air de tendre garçon. Son T-shirt moulant bleue marine, floqué de trois lettres jaunes, laissait apparaître une flopé de cicatrices et autres balafres sur les bras qui valaient, à elles seules, la description du caractère de l'énergumène. Il fit quelques pas pour se rapprocher, puis il tendit le bras vers l'inspecteur, qui lui serra la main timidement. Après un léger hochement de tête, il se tourna vers Sandra et lui empoigna la main avec beaucoup de fermeté. – Agent John Spencer, FBI. Les seules trois lettres qui suivaient le nom, aussi floquées sur le T-shirt, firent frissonner Sarah. Elle le fixa un long moment, lui resta debout, impassible, tête tournée vers l'extérieur du bureau où attendait un autre agent, beaucoup plus jeune mais tout aussi impressionnant de charisme. Elle remarqua alors un tatouage, sortant partiellement du T-shirt, partant de l'épaule droite jusqu'au cou, sous la mâchoire. Une sorte de tribal, tracé de noir et non rempli, au contours bleu foncé. L'agent Spencer repositionna son regard sur Sarah, brusquement. Elle détourna alors ses yeux de son tatouage et regarda face à elle, en direction de l'inspecteur qui s'apprêtait à dire quelque chose. – Voici l'agent qui s'occupera désormais de cette affaire, elle a pris trop d'ampleur, le bureau a décidé de faire intervenir des spécialistes… Vous serez entre de bonnes mains Sarah, mais ce ne seront pas les miennes. Je vous laisse toute autorité sur cette affaire M. Spencer, soyez sûr de notre plus grande coopération. L'agent ne fut pas aussi expressif, il ferma les yeux et baissa la tête calmement, en signe de contentement. Il tendit le bras, une nouvelle fois. – Soyez sans crainte inspecteur, nous y veillerons. Puis il lui serra la main, se tourna, ouvrit la porte tout en suggérant à Sarah de le suivre. Elle se leva et sortit du bureau sans trop savoir ce qui se passait, John la laissa sortir galantement et la suivit d'une longueur. Le jeune agent qui attendait, salua Sarah avant de lui ouvrir le chemin. L'ambiance était pour l'instant tendue, les deux agents restaient distants, sans qu'aucun mot ne s'échange, sans qu'aucun mode de communication ne soit établi. Ils descendirent au parking où attendait sagement un Ford noire, vitres fumées et plaque banalisée. Le jeune agent ouvrît la portière arrière d'un geste sec, puis fixa Sarah derrière ses lunettes de soleil. Sarah s'engouffra dans la voiture sans dire un mot et la porte se referma derrière elle. Les sièges étaient confortables, tout au contraire de son état d'esprit. Les deux agents entrèrent à leur tour, John frappa le siège comme s'il avait perdu l'équilibre dans sa manoeuvre, d'une indécence telle que si le siège avait été un lit, il aurait donné l'impression d'y plonger. L'autre s'installa consciencieusement, avec beaucoup de délicatesse, comme s'il s'asseyait sur un nid d'œufs. Ces deux là ne se ressemblait en rien mais ils formaient une fière équipe. Chat et chien jusqu'au moindre détails, mais tout les deux poulets. John lança un regard derrière lui, par-dessus son épaule, en direction de Sarah, puis il pointa l'autre agent du doigt. - Andrew Mccarthy, mon second. Le jeune blondinet, retira lentement ses lunettes qui découvrirent un regard incrédule. – Ton second ?! Comment çà ton second ?! Tu te fout de moi, c'est une blague. Moi qui pensais qu'il n'y avait ni de premier ni de second entre nous je crois que… A ce moment là, le doigt que pointait précédemment John vers Andrew venait de se redresser pour suggérer une pause. Les deux acolytes s'observèrent et se sourirent mutuellement, en fait, la tournure et le ton de l'exclamation d'Andrew possédait tout d'une grande farce. John se tourna de quatre-vingt dix degrés sur le siège conducteur et regarda Sarah. – Pardonnez ses origines Ecossaises qui lui valent son humour, sa délicatesse n'apparaît pas dans son portrait comique, malheureusement. Sur ce dernier mot, John éclata de rire et se repositionna sur son siège. Andrew, surpris, lui tapa légèrement sur l'épaule tout en l'insultant gentiment. La demi mesure de rire qui chantait dans sa voix, parmi les mots, trahissait son non sérieux et montrait qu'il n'était pas irrité par ce petit jeu. Sarah ne pu s'empêcher de rire dans leur dos, elle employa même sa main à cacher son sourire béant, qu'elle ne voulait pas montrer. Ce qu'elle voyait devant elle, c'était, en fait, deux grands gamins qui n'avait que pour hobby de se chamailler tout le temps. D'ailleurs, elle ne s'empêcha pas de leur faire la remarque quand John mit le contact. La seule remarque que Sarah eut en retour, arriva lorsque John enclencha la marche avant. – Non, moi je ne parlerais pas de deux gamins… je parlerais de deux frères. C'est pas une chamaillade, c'est une histoire d'amour, authentique et sincère. Cette phrase, que venait de prononcer Andrew avec beaucoup de sérieux, éveilla, en effet, le sentiment de fraternité qui emplissait le cœur des deux compères. Sarah fut attendri et ne chercha pas à développer la conversation. La voiture se dégagea de sa place et s'extirpa du parking.

 

 

Chapitre 4 : Pantin de chair

 

 

La journée fût particulièrement agréable aujourd'hui, la bénédiction d'un soleil radieux sans sa chaleur écrasante et les caresses d'une petite brise du Sud venait m'effleurer. La Ford en était d'autant plus plaisante à conduire et elle ne broncha pas d'un poil quand je la livra au garage de cet petite maison typique du quartier nord de la ville. Stéréotype de la planque du F.B.I. pour les réfugiés et les garants de témoignage. Une petite villa qui n'attire pas l'attention, dans un lotissement tranquille et perdu, sans pour autant être isolé. La voiture à monté sans peine la petite côte après le trottoir et s'enferma dans la gueule du garage, qui l'englouti de toute son obscurité. Je suis sortit tranquillement de la voiture, comme le fit Andrew, avant de s'étirer sans retenu et de retirer ses lunettes. Je longea le flanc gauche de la caisse avant d'ouvrir la porte d'un geste agacé. Sarah sortit, me lança un léger sourire, légèrement crispé, et avança vers l'entrée où se tenait déjà Andrew. Sarah marchait d'une lenteur flagrante, ses jambes semblaient encore plus fragile que cette frêle feuille sèche, tournoyant à la merci de la brise. On en croirait presque qu'elle pouvait s'effondrer à tout moment tellement elle paraissait tituber. Andrew fouilla sa poche, puis il se tourna vers moi, avec son regard plaintif, armé d'un constat incrédule : « Je n'ai pas les clés, tu dois les avoir ». J'ai donc accéléré mon pas puis, arrivé à hauteur de Sarah qui commençais à monté l'escalier du pallier de la porte, je fut tenter de regarder de quelle manière elle allait s'y prendre pour franchir l'obstacle, dans l'état où elle se tenait. Elle surmonta la première marche, sans se plaindre. La seconde fut plus rude, et elle peina énormément. La troisième sonna comme un calvaire et avait un goût d'impossible. L'ascension était loin d'être terminer, il restait sept belles marches. Mon bras droit eut alors le réflexe de prendre le sien afin de le passer sur mes épaules, en bandoulière. Mon bras gauche enveloppa son corps et ma main, outil de soie et de velours pour ne pas briser ce mince corps, plus bâti d'os que de chaire, se posa délicatement sur sa hanche opposée. Mes doigts, engourdies d'une grande pitié, serrèrent fort l'étreinte, et je souleva ce corps jusqu'au sommet de cette montagne de marches. J'ai ouvert la porte, puis nous sommes entré tout les trois.

- Je vais la coucher dans le lit de la grande chambre, vois si tu peux nous faire un café s'il te plait. La journée va être longue, j'attend des coups de fil.

- Ok, John, toujours bien serré ton café ?

- Toujours, oui.

J'ai allongé Sarah qui n'a pas demandé son reste. Elle s'est endormi brusquement sans offrir de remerciements. Sa peau était glacée, je l'ai enveloppé dans une couverture bien chaude. Puis j'ai rejoins Andrew dans la cuisine, appuyé sur la table, a porté de la cafetière qui ronronnait.

- Bon bin nous y voila ! Comment tu las sens cette mission ? Monsieur le grand spécialiste de la délicatesse. Lança Andrew, avec un accent Ecossais forcé.

- Je la sens pas cette putain de mission pour l'instant, mais j'y travaille, ne t'inquiètes pas. On verra d'ici peut. En attendant, occupe toi de ta spécialité à toi…

- Hum… ?

- Le café imbécile, le café !

- Ah ! le café… oui… Imbécile ?! t'as dit imbécile ?! Mais je vais t'en coller une mon vieux !

- Ouais c'est çà, le seule truc que tu sais coller, c'est des prunes sur les pare-brises des caisses mal stationnées.

- Hoho, monsieur la joue fine ! Rien ne m'empêche de t'en coller une sur la tronche, une bonne prune bien mure, çà ira bien avec ton café.

- Petite fiotte !

- Vieux con !

Les insultes fusèrent encore longtemps sans trop de sérieux jusqu'à ce que la cafetière s'arrête de donner des gouttes aux gorges des deux tasses qu'elle surplombait. Andrew se retourna vers moi et me jeta un regard de défi, du genre « tu perds rien pour attendre ta raclée, vieux débris ». Il empoigna les deux tasses, m'en tendit une, puis nous somme aller dans le salon où nous attendez deux beaux canapés. Ici, nous étions bien, trop même. Tellement bien en fait qu'après avoir avaler nos cafés d'une gorgée et d'avoir palabré sur différents sujets personnels, nous nous somme rendu au sommeil, sans trop résister. Le réveil se fit une grosse demi-heure plus tard, au moment même où la caféine fit effet et nous secoua comme de vulgaires bananiers. Nous étions déjà au début de soirée. Je suis aller me rassurer par le ronflement d'Andrew et la présence de Sarah dans la chambre. Elle était toujours là, la belle au bois dormant.

        Je suis allé dans la cuisine, sans prendre la peine de réveiller qui que ce soit. Je me suis refait un café, que j'ai engloutit en deux reprises, il était brûlant. Puis je suis revenu dans le salon, j'ai empoigné ma serviette, j'en ai retirer le dossier de l'affaire. Et pour mieux visualiser le plan d'action à appliquer, j'ai sortit chaque élément et je les ai disposé à plat sur la grande table. Andrew s'est réveillé à ce moment là. Il s'est levé et il a fait exactement le même parcours que je fit, un petit quart d'heure plutôt. Chambre de Sarah, cuisine pour le café, puis il m'a rejoint. Nous sommes resté là, un moment à disserter sur la manière dont disposer les différents éléments afin de cerner la problématique de l'enquête. Le seul sentiment qui nous vint à l'esprit, fut celui d'un gros bordel doublé d'un non sens bien particulier. En d'autres termes, on étaient bien pommé. Mon portable vibra dans ma poche. Pas trop tôt ! Me suis-je dis. Une pleine journée de recherche sans la moindre nouvelle, faudrait que çà se bouge un peu plus. Je l'ai sortit et je l'ai porté à mon oreille.

- Agent Spencer.

- Bonsoir John, c'est Dave, du bureau.

- Oh salut Dave, çà va ? Tu t'es remit du barbec' de cet été ?

- Haha, moi, ouais mon petit John, mais ta femme… j'en sais rien, faudra lui demander.

- Bin écoutes ma femme, elle doit se remettre de plein de choses en ce moment, surtout de mes conneries à répétition et de mon boulot de merde…

- Ah je vois, la mienne m'a tapé une crise hier soir à cause du boulot, on est pas gâté mon grand.

- Enfin bon, on va pas se lamenter toute la nuit, t'as du nouveau ?

- Oui, on a enfin localiser le lieu d'investigation signalé par Sarah Sameberg. C'est un vieux bâtiment désaffecté au coin de la sixième et de la deuxième, dans le quartier du Nevada.

- Ok, merci, on y va de ce pas. Envoie une patrouille ici pour surveiller mademoiselle Sameberg. On sera là bas dans une bonne heure, le temps de traverser toute la ville.

- Ok, çà marche. Bonne chance les boys.

- A plus Dave !

- T'en fait pas, on se verra au prochain barbec' !

- Haha, sans faute vieille branche.

        J'ai raccroché puis j'ai mis Andrew au parfum. On s'est tranquillement préparé à la sortie nocturne, sans se presser. Une préparation est toujours plus efficace quand elle se fait dans le calme, leçon d'apprentissage basique de nos services. Et en plus, les patrouilles de soutien sont toujours lentes à la réaction. On avait notre temps, et on l'a prit avec beaucoup de douceur et de délicatesse. La patrouille est arrivé dans les dix minutes suivantes, ce qui me parut étonnant. Je me suis alors prit à confondre mon préjugé en excuse intérieure, jusqu'à ce que j'aperçoive le gobelet de café et la boîte de beignets, flanqués du logo du Daily Café, qui se trouvait à moins de trente mètres de la maison… Les flics sont vraiment incorrigibles, et en plus ils n'ont pas honte. On leur à livrer la maison et nous sommes partit vers la quête qui nous attendait.

 

 

©copyright 2007 Maxime Labarre



Article ajouté le 2007-04-23 , consulté 289 fois

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