Nouvelle: Ange Déchu sur le chemin du Diable (Partie 4: chapitres 12 à 15)

Chapitre 13 : Portes des Enfers, Volume 666.

 

 

Andrew tournait autour des photos comme une abeille autour d'un pot de miel. Il sentait que quelque chose d'important était caché dans cet amas d'images obscures. Il chassait l'indice car il était primordiale, il était vitale à l'enquête qui commençait sérieusement à lutter contre les aléas de l'échec. John quitta la large fresque des yeux, observa de nouveau le bureau et vola un des cahiers de sa pile. Ils étaient tous identiques, rouges et affublés d'un numéro qui permettait de les ranger par ordre croissant. John en parcourut un, puis un deuxième, un troisième… jusqu'à être convaincue qu'ils étaient bien ordonnés de manière chronologique. Il déposa celui qu'il tenait dans ses mains et ouvrit le suivant, le numéro six. Il était identique aux autres, sauf que lorsqu'il le prit en main, John se sentit investi d'un second souffle intérieur. Le six marqué en ancre grasse sur la couverture, était encadré par deux autres six, rajoutés au stylo plume en traits irréguliers. La première page arborait la genèse de la bible satanique et justifié bien le numéro de la bête signé du triple six en couverture. Au fil de la lecture de ses manuscrits antiques, John se senti possédé et jamais il ne put stopper la cadence infernale de sa lecture. La suite du cahier était une écriture différente, une écriture de main tremblante et crispée. Il sentait ce cahier peser de plus en plus lourd, à chaque mot qu'il parcourait. Il tournait les pages frénétiquement, pour découvrir ce que leur plis cachait. Affamé par cette lecture, il dévora les dix premières pages avec des crocs effrayamment longs. La suite de la lecture se fit plus laborieuse. John fut prit de vertige et de nausée, il suait à grosses gouttes. Ce qu'il lisait le dégoûtait au plus haut point, il tournait les pages en espérant que la prochaine abrégerait ces souffrances. La centaine de pages que John s'empressa de survoler, suivirent les autres dans la douleur.

 

John arriva au milieu du cahier, à l'embrochement des pages. Se présentait alors à lui, une représentation équivoque, dominant la totalité des deux pages. Le portrait d'une créature mystique, incroyablement réaliste. Le visage était sombre et faisait ressortir des yeux ardents. Le nez y était absent et la mâchoire, massive. Sa peau calciné donnait l'impression de formait une épaisse carapace, dure comme de la roche. Elle laissait cependant transparaître des rides, d'où semblait surgir les flammes de l'enfer. Comme si on avait disposé des roches volcanique sur un buste de lave en fusion. L'image était à la fois déroutante d'obscurité et aveuglante de luminosité. Un morceau de ruban de papyrus investissait le bas de page, il était troué par endroit, des lettres qu'on avait sans doute brûlé sur le papier. Il y était inscrit « Belzébuth ». Le portrait était encadré d'un énorme pentagramme. John avala péniblement une lourde gorgée de salive. Il transpirait de plus en plus. Mais il ne put se résoudre à dévier son regard.

 

John fut littéralement hypnotisé. Son visage se rapprocha un peu plus du cahier, donnant l'impression qu'il voulait y pénétrer ou l'embrasser. Ses yeux, grand ouverts, laissaient presque des larmes coulait sur les pages, déjà humidifiées de quelques gouttelettes de sang. Il trouvait ce symbole si beau et si laid à la fois, qu'il en devenait irrésistiblement charmant. Le cahier semblait lui échapper à chaque instant, tellement il restait là, bouche bée, à contemplait l'œuvre d'un fou, ouverte sur le monde des mortels.

Quelque chose intrigua subitement John. Le visage satanique, au centre, lui avait donné l'impression de bouger. Il le fixa dans les yeux longuement, afin de s'en persuader. Et les yeux qu'il défiait lui paraissait bel et bien vivants.

 

Aussitôt, le fond s'assombrit jusqu'à devenir noir. Toute la pièce se trouva dans l'obscurité. L'air devint lourd et l'atmosphère, oppressante. La raréfaction de l'oxygène trompait John en lui faisant croire à des visions. Les pages du cahiers s'enflammèrent, John retira ses doigts avant qu'ils ne soient brûlés et le laissa tomber par terre. La fumé se propagea dans toute la salle sans recouvrir John, stupéfait. Il observa alors le cahier se réduire en cendre. Mais le visage de Belzébuth était en train de rire. Oui, il éclatait de rire à chaque fois que John se trouvait un peu plus incrédule. Les flammes se firent plus vives et plus grandes encore, une large masse s'extirpa des pages, de la matière vivante. La gigantesque silhouette diabolique se dressa fièrement. Un rire éclata dans la pièce. Belzébuth épiait John avec insistance. Il serra les poings, cessa de rire, fronça ses épais sourcils. Puis sa mâchoire de pit-bull se délia et cracha ces quelques mots : Plus vive sera la flamme… plus brève sera son existence. Et plus vive sera sa lumière… plus noire sera l'ombre qu'elle crée.

 

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Le phénix est tourmenté par la lumière insoutenable de ce soleil aveuglant. L'oiseau de feu détourne alors son regard des frappes de ces rayons brûlants. Et pourtant, il prétend n'avoir aucun ennemi, mais il sait, au plus profond de son être, que le simple fait de l'affirmer fait de lui-même, un ennemi redoutable. Et comme pour lui rappeler la dure loi de la vérité et du mensonge, le hasard lui offre à méditer sur ce qu'il est vraiment. Mais la pensé du phénix se brouille, se trouble, se bouleverse. Il se demande alors qui, de l'oiseau de feu ou de l'étoile brûlante, fait réellement ses origines. Et bien que son raisonnement soit très bien ficelé, il se sent alors incapable de répondre à cette question. A croire que le hasard nous trompe et nous abuse à chaque instant. Mais les coïncidences n'existent pas… nous avons simplement l'illusion qu'elles existent…

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John naviguait encore dans ses songes quand Andrew le rappela à l'ordre, l'arrachant alors à sa lecture passionnée.

- John, hé ho ! Réveilles toi mon vieux on a du boulot…

- Que… quoi ?! ah oui, oui Andrew…

- Çà va comme tu veux ?

- Oui oui, tout va bien, ne t'en fais pas pour moi, je sui ok.

- T'es sûr que çà va ?

- C'est bon Andrew, Je vais bien.

John secoua la tête afin de raccrocher à la réalité. Il se pinça les yeux puis s'efforça de les rouvrir en grand. Les visions avaient provoqué pas mal de dégâts dans son esprit, encore fallait il que ce soit bel et bien des visions…

- Mattes çà John, j'ai trouver quelques choses d'intéressant.

- Hum hum, mais qu'entends tu vraiment pas « intéressant » ?

- Il y a, à peu prés, dans la soixantaine de photos… les quatre victimes qu'on a constaté représentent dans la dizaine de photos chacune, soit une quarantaine photos.

- Oui et donc tu veux me parler des vingt dernières, c'est çà ?

- Exactement, regardes… elles sont disposés un peu partout. Ce qui montre que l'assassin en a prise aux intervalles de tout ses meurtres, avant, après, entre deux. Il suit ce type depuis un long moment…

- De quel type tu me parles ?

- De ce type là !

Andrew venait de saisir une photo portrait où on voyait distinctement le visage d'un homme. Il la présenta à John, qui s'empressa de lui ôter des mains pour l'examiner.

- Et bien en voila une bonne piste ! Faut retourner au poste et faire des recherches sur ce type. On a peut être un atout dans notre jeu…

- …Oui, où peut être une autre victime. Ajouta Andrew

- Ouais, c'est pour çà qu'il faut se bouger le cul. Tu as fini de tout explorer ici ?

- A part les photos, y a vraiment rien dans cette piole…

- Ok, prends l'ensemble des photos, moi je saisis les cahiers, va falloir les étudier eux aussi, je crois qu'on peut en tirer quelques chose.

- Bien, arrachons nous !

- Mais au fait… et les légistes, ils ont trouvé cette planque comment ?

- Ils m'ont dit qu'ils avait décelé la présence d'un révélateur, un produit pour développer les négatif des photos, sur le corps de la troisième victime, ils ont donc fouillé le bâtiment et ils sont arrivé jusqu'ici.

 

 

Chapitre 14 : Les Démons qui Déchirent ton Cœur.

 

 

Une femme était assise sur un banc, sous l'abri d'un arrêt d'autobus. Elégante et recroquevillée sur elle-même, portant souvent sa main droite à ses yeux. La portée de la douleur était essentiellement innocente, si bien qu'on ne voyait plus une femme proche de la vingtaine, mais une petite fille, les genoux au niveau du menton et étreints par les bras. La victime d'un sentiment si clair, si pur. La peine tranchait ses cernes et broyait son cœur. Elle était anéantie. Un effondrement sentimental rare, qui, chez beaucoup de personne, signifiait la mort d'une partie de soi : la tristesse, sentiment doux et dur à la fois. Elle ne retenait pas ses larmes, et elle avait raison de ne pas conserver ce mal conquérant. Lui, il ne pus s'empêchait de se rapprocher. Emu par le spectacle tragique qui s'offrait à lui, il chercha la main de la compassion. Les larmes coulaient le long de traits si fins, ses cheveux bruns, agréablement ébouriffés, cachés un visage si pure. Elle était belle. - Un don du ciel. se dit-il. Il décida de ne pas s'asseoir à côté d'elle, il s'adossa contre l'abri. Il ne devait pas franchir les frontières de son espace vital brutalement, ou ses défenses psychiques ne l'auraient pas accepté comme une aide, mais comme un danger. Son déplacement se fit d'une telle légèreté qu'il en été devenu presque invisible, invisible aux sens, et elle ne l'avait pas encore remarqué. Sa démarche était infaillible. Finalement, elle redressa la tête et respira un bon coup pour décompresser et atténuer toute cette tension émotionnelle. La tristesse coulait toujours sur ses joues et dans ses veines, mais les larmes se coupèrent brusquement quand elle devina sa présence. Elle s'empressa de sécher ses larmes, d'un geste hâtif et pressé, comme si elle voulait cacher le sentiment qui l'animait. Elle avait honte de pleurer devant quelqu'un, preuve de beaucoup de force mais aussi aveu de faiblesse. Et cette faiblesse, il l'avait touché. Il se tourna, se dressa, puissant et impérial, mais sans air de jugement. Elle ne pus s'empêcher de lui demander si cela faisait longtemps qu'il contemplait le spectacle. Elle voulait s'assurer que sa situation, qu'elle croyait ridicule et pitoyable, n'avait pas duré. Il répondit que non, mais il mentait. De la scène tragique à la tombé du rideau, il s'était écoulé une petite demi-heure. Il ne voulait pas la blesser et la faire sombrer à nouveau dans sa faiblesse. Il s'assit sur le banc tout en restant distant. Il voulait réveiller ses instincts maternels, l'envie de protéger, de sécuriser l'atmosphère et l'environnement. Le calme vient toujours après la tempête ; après le moment fort, le moment paisible. Sa méthode d'approche était fine, légère et douce mais elle n'avait rien de saine. Une méthode chirurgicale, l'anesthésie qui fait taire l'insoutenable mal qui ronge, sans l'apaiser. Il ne parla pas, ne chercha pas à communiquer, se concentra sur l'observation. Pourquoi être acteur lorsque l'on peut être un parfait spectateur ? – Vous prenez le bus ? Je ne vous ai jamais vu dans le coin. Son raisonnement était clair et simple, tout simplement humain. Elle cherchait à lancer une conversation, soit pour se rassurer et oublier son traumatisme, soit pour relancer son image dans l'estime de l'interlocuteur et démontrer que sa coquille charnelle n'est en fait, pas vide d'ingéniosité. L'envie de plaire est un virus inné chez l'Homme mais une coquille se vide dés lors qu'elle est brisée.

J'avais besoin de me changer les idées et j'aime bien les ballades de nuit. Il lança l'appât avec un air sérieux et pénible. Il voulait interpeller sa compassion, toucher sa pitié. En vérité, il cherchait à échanger les rôles pour créer un lien, une proximité, afin de feinter de comprendre ce qu'elle pouvait éprouver.

Vous aussi vous avez des problèmes. Elle avait mordu. Le piège s'amorçait et avait libéré son poison. Tout était question de temps. Il fallait persévérer.

- Tout le monde en a. La nuit est accueillante, elle permet de se laisser aller en toute tranquillité. Enfin, jusqu'à ce qu'un événement inattendu s'invite. Le sourire fut posé d'une si grande finesse qu'il en atténua la brutalité de l'allusion. Lorsqu'elle l'aperçut, sur son visage, elle ne pus résister à son pouvoir communicatif et l'imita. Et lui, il laissa son regard se perdre dans la rue, lorsqu'il vit que l'effet de son sourire avait touché au but. Elle ne souriait plus, elle riait de bon cœur, il avait réussi à l'emmener de la tristesse jusqu'à la joie.

- Oui c'est vrai mais les événements inattendus nous arrachent de la routine, ils mettent du piment dans nos existences. Fis-t-elle en plissant les yeux, lui insufflant un air particulièrement séduisant. Elle se tourna vers son interlocuteur avec beaucoup de grâce. Elle le fixa, plus longtemps encore qu'elle ne pouvait l'imaginer. Elle remarqua ses cheveux bruns, ses joues rudes et ses yeux. Des yeux d'un noir incroyablement profond, entourés d'un faisceau rouge pâle et sombre. Des yeux peu communs mais irrésistiblement attirants. Tout cela sculptait, avec beaucoup de fidélité, l'image d'un grand ténébreux. Mais à aucun moment, elle ne se figea sur l'idée qu'il était source de mal, jamais elle ne supposa que cette image, en réalité,  n'en était pas une et qu'elle était confrontée à la vérité. Et ce fut sa plus grande erreur. Car si le jeune homme, présenté devant elle, avait tout d'un mauvais garçon qui en cache un autre, plus doux, plus sensible et plus gentil, cet homme-là, était bien au contraire, l'incarnation même des ténèbres les plus noirs qu'il puisse être possible de voir. Des ténèbres dont on ne revient pas, ceux d'un Néant incommensurable qui engloutit toutes les formes du Bien, sous sa vraie nature. L'homme, assis à ses côtés, s'avérait être le porteur de la mort et le gardien des Enfers, et non la séduisante image d'un mal fictif, réellement inexistant.

- Vous aimez le changement ? Vous aimez donc l'inconnu. Mais il faut parfois s'en méfier, en avoir peur, la méfiance est la meilleure amie de ceux qui ne savent pas où il se situe.

- J'ai plutôt tendance à apprécier l'inconnu lorsqu'il sait se montrer séduisant. Glissa-t-elle d'une voix légère, évoquant la tentation. Un court instant, il pensa : - Tu ne te méfies donc de rien, petite naïve. Mais il savait pertinemment que son but était de le séduire, en lui montrant qu'il lui plaisait, et cela d'une manière très directe. Il la dévisagea de son air le plus grave, comme pour lui jeter à la figure tout le mépris qu'il éprouvait à ce moment précis. Elle puait le désir de s'envoyer en l'air avec un inconnu, beau garçon, mais elle était pitoyablement naïve. Une naïveté qui le repoussait sérieusement lorsqu'elle se montrait sous son côté immature, mais au plus profond de son âme bestiale, il aimait cette facilité de manipulation, se sentir dominant et maître de la chasse. Cette idiote resta figée, comme son sourire. Peut être pensait-elle que l'expression qu'avait prise le beau ténébreux traduisait la surprise, ou qu'il simulait ne pas être atteint par sa déclaration, qu'elle jugeait pourtant, suffisamment explicite. Cela la confortait sûrement dans son jugement, elle qui était toujours convaincu d'être face à un parfait spécimen de « Mec », viril et rude, le genre qui n'exhibe pas ses sentiments, pour faire transparaître une armure émotionnelle indestructible. Le genre que lui, il méprise, le genre de personne qu'il ne veut pas être.

 

Il se sentit alors vulnérable, un court instant, mais pas face au pouvoir de séduction de cette jeune femme. Il se sentit vulnérable face à lui-même, face à ses démons. Son ego commençait à envahir son esprit, il se développa jusqu'à s'approprier ses pensées. Sa température corporelle monta en pic mais ses membres tremblèrent de froid. Les sueurs froides et la transpiration se montraient de plus en plus oppressantes. Il se sentit comme une fiotte en manque de cocaïne, fulgurante montée d'adrénaline et chute libre d'oxygène. Il pressentit que le monde se refermait sur lui, sa respiration se bloqua et la sueur, coulant sur son visage, l'aveuglait. Il serra les poings, mais ses muscles tétanisés, devaient avant tout combattre la crispation et les tremblements. Il constata alors sa frustration comme s'il s'agissait de sa propre fin. Ses démons commençaient à lui glisser des injures au creux de l'oreille. Son corps était désormais chaud et humide. Ses veines taillaient ses bras et son buste en reliefs sinueux et évoquaient toute l'agressivité et la violence qui y circulaient. Tout ses muscles avaient doublés de volume, bombés par une puissance inhumaine qui semblait vouloir s'en échapper. La soif de sang et le besoin de détruire été tatoués sur chaque centimètres de sa peau. La force qu'il avait à sa disposition, dépassait toutes ses capacités, mais elle n'était aucunement comparable à celle avec laquelle il serrait les dents. Il tourna la tête vers sa compagne de la nuit, tout aussi crispée que lui, mais non pour les mêmes raisons. Elle était pétrifiée, victime de l'effroi. Et c'est lorsque son regard noire et menaçant pénétra celui de la jeune femme, qu'apparut en lui une irrésistible envie… de TUER.

 

Et Knives ne le voulait pas. Au plus profond de lui, son inconscient le lui dictait, ses interdits moraux étaient clairs. Mais ce genre d'envie n'est pas comme les autres, et elle n'a que faire de votre volonté. Alors petit à petit, elle se pervertissait en lui et se métamorphosa en besoin vital. Knives ne voulait entendre que la voix de la raison voyager dans son esprit, mais il n'arrivait pas à faire taire ce besoin. Son front chargé de transpiration et ses mains moites ne lui obéissaient plus. Son regard s'enflamma et ses pensées implosèrent. Il brûlait d'envie de détruire l'âme innocente et naïve, en face de lui. Quelques fois, il revenait à la raison, dure réalité, et essayait de se convaincre, de se cantonner à ne rien faire. Il usait de toute son énergie afin de retenir le mal qui s'était emparé de lui. Mais ses bras amenèrent ses mains, à la gorge blanche et douce de cette femme, sans que cela ne provoque de réaction de sa part.

Il se rendit alors compte qu'il ne constatait pas seulement sa frustration, mais aussi son impuissance. Mais tout cela, au profit d'une transe indescriptible, une vague de plaisir qui parcourait en lui, à chaque fois qu'il passait à l'acte. Il ne sentait sa puissance divine que dans ces moments là. Il trouva alors toute sa sérénité, état de grâce, et plongeât dans le bonheur. Et lorsque la prise de ses mains se tendit et se força, Il se sentit libéré d'un lourd poids. Comme s'il sortait progressivement d'une cage, après vingt longues années de détention. Mais c'était aussi le moment privilégié pour croiser le regard de sa partenaire. Sentir son corps se refroidir et sa peau blanchir, sentir le pouls s'accélérer et la carotide résister sous ses mains brûlantes. Knives se demandait à chaque fois, pourquoi cela ne le coupait pas dans son élan, lui faire relâcher la pression et l'étreinte, car jamais il ne le faisait. Sans aucune contrainte, sa puissance parla pour lui et broya la chaire. Car les démons de Knives ne voulait pas seulement couper les voies respiratoires, trop facile non, ils étaient là pour faire mal. Mais l'organisme de la jeune femme résista, jusqu'à ne plus avoir de force, et succomber. Tout les muscles du cou se détendirent et la tête tomba. Mais l'euphorie du tueur, elle, n'était pas tombée, juste un peu entamée. Sachant l'adversaire vaincu, et comme pour jouir un peu plus de la victoire, avec toutes les forces encore à sa disposition et d'un coup sec, Knives serra ce morceau de chaire une dernière fois. Puis il laissa le corps glacial et livide s'écraser sur le sol. Il lança un ultime regard dans celui de sa partenaire de jeu avant de s'éloigner et fondre dans l'obscurité de la nuit.

 

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Par delà un moment de solitude et d'ennui, la Destinée parcouru la terre, et créa une entité régnante. D'une puissance telle, que la Destinée, elle-même serait alors incapable d'en ôter l'existence. Une créature divine, aussi profonde qu'insaisissable. Qui, quand elle arriva à maturité, fût alors l'incontesté ascendant d'un monde imparfait. Il fût alors l'indépendant descendant de son créateur. Il recouvrît la terre de sa force et y régnât. Oui, l'Océan régnât. Et il régnât longtemps sans partage de pouvoir. Car l'Océan est une force naturel. Il n'a ni servants à ordonner, ni maîtres à souffrir. Mais la dure Destinée décida qu'il ne pouvait jouir d'un contrôle total sur le monde et dorénavant, sur lui-même. La Destinée lui infligea une malédiction incurable qui le condamna à l'indignation pour l'éternité.
 
La Destinée créa alors les courants, afin que sa vie paisible soit tourmenté. Ensuite elle créa les torrents, afin que sa peine soit alimenté. Et créa enfin les tempêtes, afin que sa colère soit dévoilé.

La punition fût si sévère que l'Océan finît par se résoudre au sort auquel il fût confié. Il se lamentât pendant des siècles, et fit pleuvoir sa tristesse sur le monde entier. Afin que chacun constate la souffrance éternel qu'il avait à endurer. Mais usé par le poids divin qui le maudissait. L'Océan chercha à s'entretenir avec son créateur afin de lui faire part de sa sentence, qu'il jugeait trop dure. La Destinée ne pardonna pas cette injure et niât la requête qui lui fut demandé.

C'est alors que la haine de l'Océan envers la Destinée s'intensifia. Et la souffrance vint amplifier une rage déjà bien grande. Cette haine divine, souillée d'aigreur et d'impuissance, porta bien vite en elle les feux de l'Enfer. Toute cette rancune, baignant dans la rivalité, engendra un enfant maudit, un enfant du Mal, au sein de l'Océan.

 

Au-delà de sa lutte contre la malédiction, L'Océan devait lutter désormais contre lui-même. Et la Destinée avait dorénavant deux ennemis à combattre.

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Chapitre 15 : Quand l'Ange, genoux à terre, priera pour toi.

 

 

Carl Beil était un homme de grande carrure, larges épaules voûtées et solide buste athlétique. Son T-shirt à manche longue, couleur chocolat, laissait transparaître un corps puissant, élancé et robuste. Ses bras épais, moulés dans les manches du T-shirt, restaient toujours croisés devant l'adversité. Mais ce qui le démarquait de tout autre individu était ses grandes mains douces d'une poigne impressionnante, ainsi que son regard sombre d'une profondeur indescriptible, dans lequel les autres regards se perdaient continuellement. C'était quelqu'un de sobre et de discret, une âme des plus innocentes, une âme des plus enviables. Il restait là, assis sur une chaise dans la salle d'attente la plus proche du hall d'entrée, expression neutre sur le visage et posture détendue. Tout ce que le lieu n'offrait pas, il le tenait prés de lui, prés de son cœur. L'hôpital San Perrea était comme les autres hôpitaux de ce pays, net et oppressant. Mais Carl restait de marbre, il repoussait toute la souffrance, la peine, l'angoisse, la fatalité et parfois même l'injustice, engouffrées en ce même lieu. Dans ce cimetière des âmes brisées, il avait remarqué cette étrange et singulière atmosphère qui emplissait chacun des acteurs qui fourmillait devant ses yeux. Ce fouillis d'émotions décuplées, fait d'angoisse extrême, de peine aveugle et de souffrance sans fin, une atmosphère où il ne fait pas bon essayer de cerner un regard, sous peine de partager un lourd fardeau sentimental. Mais ici, le calme était son propre, la sérénité l'emportait loin. Il était libre de cet endroit. Libre, sans pour autant y être extérieur. Il balayait la salle d'attente, l'accueil, les couloirs. Tout ce qui voulait bien s'offrir à sa vision, dans sa plus grande authenticité, il le dégustait. Il imaginait que le petit garçon, assis en face de lui, attendait sa maman qui avait l'obligation de passer un examen mammaire hebdomadaire. Que l'adolescent qui attendait à l'accueil avec son père, les yeux vides, dessinés par de grandes cernes, avait décidé de passer une analyse de pré désintoxication à la cocaïne. Que le trentenaire, assis sur un banc dans le couloir, attendait avec impatience la naissance de sa petite fille. Que l'infirmière qui passa devant lui, avait endurer les pires atrocités psychologiques, liées à sa carrière. Que le jeune médecin, tout juste sortit de la FAC, avait hâte de quitter le service pour rejoindre ces copains d'enfance, devant une bière et un match de baseball. Il avait une imagination débordante, mais tout ce qu'il prédisait, était juste. Il savait extraire la vérité de son fourreau sans la brusquer. Il avait l'envie dévorante de jouer avec ce petit garçon, ennuyé par l'absence de sa mère. L' envie de gifler cet adolescent, inconscient de gâcher sa vie dans les artifices de la société. L'envie d'accompagner ce futur père vers la beauté d'une famille unie. De donner son épaule à l'infirmière pour qu'elle puisse pleurer. D'inviter le médecin au bar du coin qui diffusera le match NY Yankees/Detroit Tigers, ce soir. Mais cette envie, il ne pouvait pas l'assouvir, alors il se contenta d'imaginer, encore une fois, toutes ces personnes lorsqu'elle pourront assouvir la leur.

 

        Un homme se présenta devant l'accueil, la cinquantaine, blouse blanche, paires de lunettes sur le nez et stéthoscope autour du cou. Ses cheveux, mélange de brun et de gris, trahissaient sa vieillesse, mais aussi sa forte expérience. Carl se leva lentement, grâce à l'appui de ses mains sur ses genoux. Puis se dirigea vers l'homme qu'il supposait médecin en chef. Ses pas ne résonnaient pas sur le sol, son corps exécutait au ralenti. Le silence s'imposa, Carl ne comprenait pas cette sensation mais il la connaissait bien. Il se sentit observé, tourna la tête vers la droite, vit le petit garçon le dévisager. Carl lui sourit, il ne lui sourît pas. L'enfant avait un air de dégoût sur le visage. Le sourire de Carl tomba de lui-même. Il ne voulait plus souffrir de son antipathie, alors il redressa la tête et continua de marcher. Mais il pressentit un autre intrus, dans ses pensées. Il pivota sur quasiment cent quatre-vingt degrés, et aperçu le jeune drogué, l'infirmière, le futur père puis le jeune médecin. Tous le dévisageaient, d'un regard sombre et malveillant. Pendant un instant, il cru halluciner mais il fixa l'infirmière, située à moins de trois mètres de lui. Il la dévisagea à son tour, comme pour la provoquer. Elle continuait, elle aussi, de le fixer. Et soudainement, elle offrit un sourire, cynique et inquiétant. Carl pensa qu'elle était satisfaite du petit jeu qu'ils jouaient, tout les deux. Il ne perdit pas une miette de cet échange, Il la domina entièrement, sans lui laisser de marge. Il lui fit face, lui offrit le même sourire, et s'immobilisa pour le faire perdurer. Durant une bonne minute, la situation dura et ne changea pas. Carl était impérial dans sa position, il avait opté pour une attitude agressive, sans pour autant sombrer dans la violence. Il la fixa d'un regard de plus en plus concentré, assoiffé et pervers. Il s'appropriait le vice mais resta correct face à l'affront qu'il essuyait. La minute passée, l'infirmière quitta son masque cynique et son regard se voilât. Ses yeux passèrent du sombre au clair, brutalement. Elle fit glisser sa main sur sa joue, comme pour constater les dégâts d'une gifle, qu'elle n'avait pas reçue. Le regard qu'elle avait dorénavant, envers Carl, était celui de la stupéfaction. Elle tourna les talons et marcha jusqu' à un bureau. Carl, lui, ne réalisa pas tout de suite ce qui venait de se passer. Il ne le sentit pas mais il devina que, comme l'infirmière quelques secondes auparavant, il était passé brutalement de l'agressivité à la surprise. La réaction de cette jeune femme n'était pas celle qu'il attendait, quelque chose d'anormal avait interféré son idée de l'issue de l'échange. Son esprit intercepta deux missiles destructeurs, propulsés dans ses pensées. Les mots « erreur » et « échec », résonnèrent de tout leur impact émotionnel avant d'aller s'écraser sur sa conscience. La culpabilité emplit soudainement son ego jusqu' à le noyer de regrets. Il voulut abandonner toute force, laisser ce raz-de-marée de sentiments l'avaler. Il voulut perdre l'équilibre et se laisser tomber, s'évanouir pour quitter ce lieu indésiré. Ses yeux s'humidifièrent et sa peau se raidît, il en avait assez de lutter contre les autres, de lutter contre lui-même. Il se tourna lentement vers le vieux médecin, tendit le bras, désespérément.

 

Un bruit fracassant éclata dans la salle, les portes du Hall menant à l'extérieur s'ouvrirent, la main de Carl se retira aussi vivement qu'elle s'était présentée. Une femme entra en sanglots. Quelques larmes vinrent s'écraser sur le sol, quelques cris ricochèrent contre les murs et quelques démons commencèrent à danser dans la salle. Carl la regarda se traîner jusqu' au médecin, auquel du prés, elle s'écroula. Genoux à terre, bras tendus, elle agrippa le col de la blouse blanche du médecin d'une telle force, qu'il ne pu empêcher la chute des ses lunettes et de son stéthoscope. Les hurlements stridents qui sortirent de sa bouche faisaient vibrer tout les cœurs. Certains fermèrent les yeux sous la puissance sonore, conscients du mal présent. Certains ouvrirent grands leurs yeux, abasourdis par ce qui se tramait. Une petite fille posa même les mains sur ses oreilles pour se protéger les tympans. Carl, impuissant, ne pu s'empêcher de l'observer.

- Pourquoi docteur ? Pourquoi ma petite fille ? Pourquoi…

- Madame, nous n'avons rien pu faire… Je suis désolé.

Le regard qu'elle lui lança était d'une telle violence, qu'on devinait qu'elle tenait le médecin pour responsable. Ses yeux s'enflammèrent, la rage coula tout le long de son corps, elle descendit de la tête au pied et remonta avant d'exploser sous forme de détresse. Elle hurla, comme on ne le fait qu'une fois dans sa vie. Toute sa souffrance sortit de ces cordes vocales et se propagea dans l'air. Elle criait, encore et encore puis respira par à-coups violents. Les saccades qu'elle imposait à sa respiration, étaient à deux doigts de lui faire perdre connaissance. Entre deux cris, elle reprît son souffle, s'éclaircît la voix, posa délicatement ses poings serrés au sol avant de les rouvrirent, bras tendus vers le ciel, comme pour invoquer Dieu.

- Pourquoi ma fille ? Que t'ais je fait ? N'as-tu donc pas le sens de l'amour ? N'es-tu pas juste ? tu es coupable toi aussi ! tu entend ? COUPABLE !!!

 

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La tornade de sanglots avait œuvré, les nuages orageux de colère avaient crié toute leur tristesse et craché toute leur rage. Mais le grondant tonnerre souffrait du vent mélancolique et laissa place à la grisaille du chagrin, qui fit pleuvoir de longs filets de larmes. La Destinée avait prononcé les paroles de la vérité.

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Carl resta là, incapable de faire de l'ordre dans ses pensées. Il fut frappé d'émotions et de stupeur, comme si un infarctus venait de s'abattre sur son cœur fragile. Comment réagir devant tant de détresse ? Que faire sous le poids d'un tel choc ? Carl n'avait pas la réponse, il laissa parler sa nature. Il fit un pas en avant, tomba lentement sur les genoux, tendit les bras et enlaça la mère. Il la serra fort, presque trop. Il sentit son épaule s'humidifier de quelques gouttes sur son T-shirt. Les gémissements qu'il entendait, réveillèrent le petit garçon qui sommeillait en lui. Il considéra alors cette mère comme si c'était la sienne, il devenait alors son petit garçon, comme la fille qu'elle venait de perdre. Cette idée lui fit partager son chagrin, il commençait à fusionner avec cette femme, sans réellement la connaître. Cette dernière garda un semblant de lucidité parmi les sanglots et considéra la présence de Carl. A son tour, elle enroula son corps de ses bras et lui rendit son étreinte. Les corps étaient désormais liés et unis, chacune des deux victimes de ce chagrin pouvait sentir le cœur de l'autre battre sur sa cage thoracique, sentir le souffle de l'autre passer sur son cou, sentir les larmes de l'autre s'écraser sur son épaule. Car en effet, Carl pleurait. Il pleurait tout ce qu'il pouvait donner de larmes et de douleur. Inconsciemment, il était ronger par la culpabilité, il voulait partager la souffrance de cette femme pour atténuer sa peine et sa rage. Il était convaincu que pour deux personnes luttant contre le même chagrin, la souffrance pouvait être scindée en parties égales que chacune des victimes pourrait affronter à son avantage. Mais Carl ne pleurait pas par intérêt, que ce soit pour le sien ou pour celui des autres. Rien, en ce monde, n'était plus sincère que ce qu'il exprimait à ce moment là. Rien n'était plus franc que les larmes qu'il laissait échapper sur le sol.

 

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Les flots de l'amour ne peuvent apaiser les flammes de la haine, en d'autres lieux que la mort. Si l'oiseau de feu se perd dans l'océan, il ne peut lui survivre. Si l'océan affronte l'oiseau de feu, il ne peut le vaincre.

Les courants de la vaste plaine bleue écraseraient la créature ailée de toute leur puissance.

Mais les flammes ne sont plus vives que lorsque le Phénix renaît de ses cendres.

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©copyright 2007 Maxime Labarre



Article ajouté le 2007-06-18 , consulté 139 fois

Commentaires


PsychoBill le 08/07/2007 à 20:37:38
Cette nouvelle est monstrueuse! Vivement la suite.
Balou le 09/07/2007 à 13:11:58
Vite vite vite! La suite!

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