Nouvelle: Matt Wesson, le pélerin perdu

Voici une petite nouvelle, que j'ai écrit il y a un moment. Loufi témoignera que cet écrit fut le premier avant-gardiste de mon style d'écriture... moi j'en sais rien du tout, et je m'en fout. PEACE Loufy!!! J't'adore...

(écrit 2003)

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Matt Wesson, le pèlerin perdu.

 

 

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Connaissez vous la légende de Matt Wesson, le pèlerin perdu, tâtonnant dans les ténèbres pour essayer d'échapper à ses cauchemars et surtout à lui-même. Matt est mort depuis bien longtemps, mais aujourd'hui, par un froid matin d'hiver, il n'est plus là, dans sa tombe. Etant déterré, serait il encore vivant pour animer de nouveau son étrange légende ?

 

        Je ne peux le savoir car Dieu seul, le sait, et moi je ne peux qu'en douter.

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Je me réveille enfin, tête cotonneuse, gorge sèche, courbaturé par mon sommeil. Etonnement étalé dans un tas d'ordures et de déchets parmi les poubelles, je ne comprend pas ce qu'il m'arrive, les questions affluent : Qui suis-je ? Où suis-je ? En quelle années sommes nous ? Aucunes idées ! Plus de mémoire, prisonnier de l'amnésie. Je me ressaisie et me félicite de savoir au moins le sens du mot « amnésie » pour me consoler dans ma détresse. Peut être quelqu'un me reconnaîtra dans la rue ! Dans ce cas, une seule chose à faire , je fouille désespérément dans mes poches pour tomber sur un quelconque indice, mais bizarrement mes poches sont remplies de terre. Je me mets donc à marcher avec plus qu'une seule carte en mains, celle de la chance. Le chat qui vient de sauter sur la poubelle m'a fait une peur atroce et le sursaut qui suivit ne fut pas le sien. Ce fut celui de l'espoir car mes yeux, venants de s'illuminer devant la vue d'un sac à dos, placé à côté de l'emplacement où je me tenait allongé, balayèrent toute peur. Je le prend, l'ouvre avec impatience, puis y trouve des clés d'appartement, c'est un bon début, des feuilles et un agenda. Amnésique, certes, mais pas idiot, je me jette avec vivacité sur la page « mémento »  de ce dernier qui renferme, prénom, nom, numéro de téléphone et adresse de son possesseur. Rempli de détermination, je mets tout en œuvre pour retrouver mon appartement avec l'espoir que cet agenda est le mien.

 

         Je suis enfin devant le fameux « 72 Brook bridge Colinway » après une longue route qui m'a permis de connaître un peu mieux mon identité, je me nomme donc Matt Wesson et je suis né à Chicago dans l'Illinois. Grâce à la lecture des ces quelques mots, je sens déja la mémoire reprendre le dessus. Mais pour m'en assurer, je rentre d'un pas sûre dans l'appartement.

        Je traverse petit à petit les pièces, mélange de familier et d'inconnu. Une par une, par prudence, pour ne pas trop bousculer les choses. Etrangement, je me sens rejeté, ce n'est pas ma peur qui me repousse, c'est ma mémoire car j'ai l'impression qu'elle va produire un énorme changement dans ma vie. A ce moment précis, mon pied vient de franchir le pas de porte de la salle à manger.

 

        Et là ! C'est le choc, je me souviens de tout ! Je me suis débarrassé de mon passé comme d'une chose insignifiante à mes yeux, mais aujourd'hui, les portes de mon esprit s'ouvrent et m'entraînent dans les profondeurs de mes souvenirs. Çà m'engloutit comme une tempête de neige, et à chaque flocon, son souvenir glacial qui m'éclate à la figure avec toute l'agressivité d'une mémoire oubliée. C'était donc cela ma vie !

        Les grains du sablier coulent avec monotonie et la tristesse me recouvre de ses bras meurtris, telle une mère enlace son enfant après au mauvais cauchemar. Des larmes s'arrachent de mes paupières et viennent s'écraser sur mes joues. Elle sont glacées comme la mort peut l'être quand elle nous empoigne à pleines griffes. Mes yeux s'ouvrent enfin et je vois… chaque erreur, chaque faux pas, chaque acte indéniable de cruauté m'explose à la figure, une bombe salvatrice qui éclabousse mon âme de remords et de regrets. Cette mémoire, je ne pouvais la perdre car elle est ancrée dans l'océan de mon esprit, gravée dans la roche de mon âme, je ne peux ni oublier, ni nier, je vis sur ce nuage, assombri par les échecs du passé.

 

        Mon regard se pose alors sur une photo, elle représente une charmante femme, - Shania ! çà me revient mon Dieu, elle méritait bien mieux que moi, car comme ma mémoire, une chose irrémédiable me hantait : ma nature. J'ai repoussé l'amour de ceux qui me l'ont offert sans demander leur reste, afin de ne pas souffrir dans la solitude. Je préférais souffrir dans la conscience de quelqu'un pour étouffer mon malheur dans celui des autres. J'ai causé tant de douleur et maintenant tout s'explique, je nourrissait le démon qui sommeillait en moi, je nourrissait ma propre cruauté, et pour cela, j'ai accusé mes ennemis et mes amis ; j'ai accusé mon père et ma mère ; j'ai accusé le Diable et Dieu aussi ; j'ai appris la vraie nature de la culpabilité, et il n'y a personne à blâmer que moi.

 

        Après ces événements remémorés, je sors rempli de colère et me dirige vers le Bronx, situé non loin de l'appartement. Il fait déjà nuit, je n'aime pas çà car je pense que j'ai passer trop de temps dans l'ombre. Tout en marchant, je sais que quelque chose m'a attiré ici, un souvenir confus, je pense que j'ai vécu dans ce coin là.

 

        Est-ce possible ? Je vois des fantômes, des morts, il y en a partout. Ils me demandent pourquoi je suis parti, pourquoi je les ai quitté. Alarmé, j'essaie de me contrôler dans ma folie et leur demande qui je suis. Mais ils disparaissent, s'envolent dans l'oubli, subitement, comme pour fuir une dure vérité. Sérieusement préoccupé par ce qui se trame, je ramasse un bout de bois. J'entends des chaînes racler le sol, j'entends des hurlements, j'entend un battement de cœur qui secoue la nuit, le mien je crois mais il s'arrête brusquement. Je stoppe mon regard, immobile et terrifié, pétrifié comme une statue, je ne peux bouger. Une silhouette de deux mètres de haut sur un de large, ornée d'une robe noire comme la nuit et d'une capuche rouge, couleur sang avec des pics métalliques recouvrant la quasi-totalité du corps ; des chaînes flottent et se tortillent à quelques centimètres du sol. La peau décharnée comme un écorché ou un brûlé vif ; les yeux, sans pupilles, scintillent d'un blanc étincelant ; les mains semblables à des pinces d'aciers, avec des lames de rasoir faisant office de griffes ; des dents taillées comme des crocs et des milliers de larves et d'insectes rampent à ses pieds. Après les morts, voici donc le Diable, je suis maudit. En me tendant un crâne humain, il me dit qu'il m'attendais, et de ses paroles résonnait un ton de menace que j'avais bien compris. Mon sang se glace en un éclair et je me prend à courir comme jamais je ne l'ai fait. Ne sachant où, ni comment, j'essaie de semer mon poursuivant qui m'utilise comme un jouet. Je suis au bord de la crise cardiaque, je sens mon coeur rythmer ma course, qui est bien trop rapide. Je me surprend à ordonner à mon cœur de ne pas s'emballer, à prier pour avoir encore un peu plus de force pour tenir la distance, mètre après mètre. Je crache alors des milliers de pardon pour une chose que j'ignore et me morfond dans autant de supplices pour dissuader mon assaillant, qui bouche chaque issue, que je m'apprête à franchir, avec un air amusé. Une brèche au bout de la rue me tend les bras, je m'y glisse et arrive dans un couloir crée par les façades de deux bâtiments. Un bruit de pas, je me retourne prêt à frapper, armé de mon même bâton de bois, que j'ai précieusement gardé durant toute ma folle course. Une jeune femme apparaît et me fait face, je retient mon geste. Elle me tend de quoi manger et me dis qu'elle est venue pour m'aider.

 

        Je me retrouve dans une vaste maison, lumineuse et sagement décorée de meubles d'époques qui s'imposent dans chaque pièce. J'ai appris que mon hôte se nommait Nyx, nom peu commun mais pas vide de sens car il s'agit en fait du nom de la déesse grecque de la nuit. Elle me donne un verre de bon vin français qui, elle me l'assure, m'aidera à me calmer et à m'endormir. Je m'en rend vite compte grâce à l'effet du somnifère qu'il contenait et m'endormis comme une torche s'éteint.

 

        Après un bon moment, je lève mes paupières affreusement lourdes et le visage de Nyx se reflète dans mes yeux, elle est assise sur mon ventre et brandit un long poignard grecque qu'elle vient planter violemment dans mon ventre pour l'ouvrir, sans que je ne puisse rien faire, je suis attaché. Je vais mourir, je voudrais hurler pour libérer la douleur mais je ne peux pas, cette sorcière me l'a volé. Elle me dit que je suis scindé en deux, séparé de mon ombre et elle affirme qu'il faut qu'elle les réunisse si je veux survivre. Mais son discours ne m'intéresse guère, je tente plutôt de calmer le hurlement qui me trotte dans la tête. Elle prît alors une aiguille, munie d'un fil très fin, et soudain, je comprends qu'il y a peut être pire que mourir. Je la sens, finir le premier point, le second, jusqu'au dernier et tout à coup…

Je m'évanouis et ressens une étrange sensation me parcourir : une texture vient se glisser sur ma chair, on dirait de l'encre noire comme les ténèbres, elle s'engouffre dans la vaste plaie pour la remplir et recouvrir la totalité de mon corps pour former comme une seconde peau, je me vois dans la glace et me souviens de mon identité. Le Diable est en moi !

 

        Soudain le dégoût vient m'arracher à la réalité, j'aperçoit Nyx. Je ne voulais pas qu'elle me rattache à ma vraie nature, elle le compris lorsque ses oreilles se remplirent d'injures sortant tout droit de ma gueule. De rage, des chaînes sortirent de l'Enfer et la ligotèrent. Je veux la tuer pour son erreur et mon souhait fit forcer l'étreinte de la prison d'acier qui se referma sur elle. Elle commençait à étouffer et cherchait le peu d'air qui lui restait dans les poumons. Mais jusqu'au dernier instant, l'étreinte resta forte et ce n'est qu'au moment où Nyx entama son dernier soupir que la prison s'ouvrit et laissa sa proie s'écrouler pour reprendre son souffle. Dans un dernier hurlement de haine, je traversa la fenêtre et mon esprit s'éteignit dans l'oubli.

 

        Aujourd'hui, je suis de nouveau allongé mais cette fois sur un lit d'hôpital, et pour la troisième fois, je me réveille difficilement d'un sommeil tellement profond que j'en oublie la durée. Pas amnésique ce jour-là, je me souviens de tout les événements passés, je me souviens de Nyx et du Diable qu'elle a réveillé. Mais le doute reste quant au fait que tout cela ne soit qu'un simple cauchemar et que je dors ici depuis le début… Je revisite chaque souvenir que j'ai eu de mon passé avec une telle stupeur, que j'en hésite à conclure que ce passé ne m'appartient pas. Mon sommeil n'est pas comblé car mes nuits sont brûlantes de haine ardente et mes jours sont tordants de douleur. Qui suis-je ? les questions sont tranchantes. Et une voix me murmure alors à l'oreille, une voix que je connais bien.

- Bonjour à toi, prince des ténèbres, puisses-tu trouver le repos éternel afin de reconquérir ton royaume…

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On apprendra, quelques jours plus tard, que Matt Wesson est décédé d'une crise cardiaque suite à une opération délicate. Mais aujourd'hui, une rumeur court révélant que Matt Wesson serait revenu chez les morts du fait que sa tombe soit de nouveau profanée.

 



Article ajouté le 2007-04-19 , consulté 221 fois

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