Essai Philosophique (L'ego)

L'Ego, toute puissance.

(écrit en 2007)

 

 

L'histoire ne s'apprend pas dans les livres ou par le biais des médias. C'est une vision des choses qui nous ramène à notre vécu. Une pseudo réalité qui nous est impossible de vérifier. Elle est donc perception et non vérité. En pensant à mon histoire… à ce passé qui me hantait et qui risquait de menacer mon monde… je m'interrogeais sur ma perception intérieure. Et plus je méditais, plus j'avais peur de rencontrer la vérité. Peur de savoir et de réaliser ce que je suis par ce que j'ai été. Jusqu'au moment où je me suis enfin senti prêt à défier mon histoire et celui qui l'écrivait : mon ego.

 

Je sais que mon corps tout entier vibre d'une détermination si pure qu'elle en est à la frontière même de la passion et de la rage. Que j'ai vécu ma vie en la disposant au centre de ce monde. Je sais que je suis agacé par la négligence, l'ignorance et les faiblesses des autres. Car cela me rappelle qu'elles me font aussi défaut. Alors je me dit tout bas, dans le creux de l'oreille, qu'ils sont tous les figurants de mon existence et qu'ils ignorent. Une ignorance si grande qu'elle en fausse leur appréciation du bien et du mal.

Et pourtant, alors convaincu de faire le bien, je regarde approcher mon destin. Quelque chose en moi me dit que cette intervention ne me délivrera pas des démons de mon passé, car ils sont nécessaire à ma survie. J'ai l'impression qu'à tout moment, si je me met à écouter le silence, mon passé disparaîtra et mon présent avec… ce présent dont je dépend depuis mon enfance.

 

La première preuve que je fut le pantin de mon ego m'a sauté aux yeux alors que je n'étais encore qu'un gamin. à un age où j'étais encore le centre de mon petit univers, incapable de comprendre les imperfections et la réalité de ce monde. Il allait me falloir encore dix longues années pour faire valoir mes droits dans le royaume de mon esprit et subvenir aux besoins de mon imagination. En attendant, mon ego était forcé de m'élever seul.

Nous passions des journées ensemble, jouant à développer des talents héréditaires et des qualités acquises au sein même de notre intelligence commune. Il m'apprenait les principes de base pour manipuler mon imagination et m'encourageait à expérimenter mes talents à ma guise. Nul doute qu'il aurait été plus sévère s'il avait mesurer l'étendu de son pouvoir. Mais l'ego germe en mon être et il doit lui aussi tendre à la maturité par une main mise de l'ignorance sur son âme.

Un jour, alors que je sculptait mon talent dans des écrits anodins, l'un d'eux prit vie. Il débordait d'une énergie comme je n'en avais jamais vu. Il était… vivant. Ce présent du destin insuffla en moi un sentiment de toute puissance. Ma main semblait alors conduite par la volonté divine, assoiffée de création. Je l'ai regardé émerger des profondeur de mon imagination, conscient qu'un jour je devrai l'achever. Mais c'était ma création, et je ne pouvais supporter de la détruire. J'étais subjuguer par sa beauté et jamais je n'aurais pu me résoudre à la fin d'une telle oeuvre.

 

Je n'ai alors compris sa véritable force qu'au moment où cet écrit a atteint le retranchement de mon ego, où se présentaient mes limites. Je poussa un peu plus sa puissance vers cette frontière et mon imagination créa une explosion volatile. Elle souffla alors mes limites, repoussés plus loin, et mon ego, se lamentant dans les sombres semences de son échec, fut toucher au plus profond de son orgueil. Mon ego se dressa et hurla alors de fureur comme si son existence avait perdu tout sens à mes yeux, la colère coulait le long de ses joues et épongeait sa rage, significative d'un pouvoir immense. Je le prit alors dans mes bras pour le consoler, et il m'assura par la force de son étreinte, qu'il était résolu à ne plus jamais me décevoir. Le regard qu'il porta au mien me témoigna du sermon qu'il donna ce jour là. Lorsque je lui rendit la liberté et que je me tourna pour constater mon traumatisme encore naissant. Ce fut à l'esprit de me prendre dans ses bras. Il me parla de mon ego en des termes qu'il n'avait jamais employé avant.

Mon garçon, me dit il, ton ego est une grande étrangeté. Un chercheur et un inventeur de génie qui ne s'impose aucune limite. Il s'enferme pendant des jours sur lui-même, pour éprouver sa puissance. C'est un rêveur, un conquérant qui va jusqu'au bout de ses convictions. Tu partages son talent, ses rêves, mais aussi son imprudence. Ne perds pas de vue cet héritage funeste.

Ces mots résonnent encore dans ma tête. J'ai juré de faire taire en moi tout ce qui pourrait justifier les interventions de mon ego, vouées a l'échec. Mais l'enfant que j'étais, n'était pas encore prêt à affronter son destin seul.

 

Ce n'est qu'ici, aujourd'hui, dans les eaux froides de ma solitude, que j'éprouve encore la même rage aveugle que mon ego affichait avec ardeur. Ses dons sont hélas aussi ses démons, son besoin de repousser les limites, de la nature qui m'était accordé, le forçait à commettre des imprudences.

Et elles lui coûtèrent chères, immensément chères. Car le prix de ses manques de respect du risque, lui valu sa condamnation. Il ne put le supporter… et en regardant la création de mon ego devant moi, menaçant toujours le monde auquel j'ai donné mon cœur… je le vois entrer dans mon esprit pour la dernière fois, poussé par la volonté égoïste de se détruire et de détruire son univers. Mais il ne put accomplir que l'une de ces deux tâches. Et alors, en cet instant de vérité, passé et présent s'entrechoquent, touchant ainsi les germes du future. Je vois à travers ses yeux, et lui a travers les miens. Mais j'ai le désavantage de connaître son destin. Alors les longs voile de la tristesse recouvre fatalement les plaines de mon courage, et je m'effondre en sanglots. Je réalise que je ne jouirais plus jamais de cette puissance. Mais les voiles de la tristesse se gorgent désormais de réalisme et mon esprit calmé, repose en paix. Je suis serein à l'idée que je vais finir comme mon ego. Et que notre passion aveugle de la création va s'éteindre avec moi. Je suis prêt pour le grand voyage mais…

 

…ce n'est pas mon heure.

 

Tel le phénix qui renaît de ses cendres, je reviens à la vie, ressourcé par le pouvoir de mon ego déchu. On m'offrent une seconde chance et je comprends. Que je n'ai plus à poursuivre l'œuvre de mon ego… mais à défier seul, ma peur de la création… et à affronter le jour où je serais peut être aussi imprudent et perdu que lui.

 

Ce qui ne nous tue pas, nous rend bien plus fort. Et dans ce désir où gis le cadavre de mon esprit, réduit en cendre. J'invoque alors la résurrection de mon ego déchu. Et je le porte à mon estime comme le fait un père à son enfant. Et je lui clame haut et fort, ma fierté, mon pardon. « Ton prédécesseur eut une mort honorable. Depuis mon enfance, je l'ai désiré et je l'ai admiré. Je l'ai aussi craint et haïe pour ses actes, envié et adoré pour ses pensés. Alors qu'en vérité, j'avais peur de devenir aussi puissant que lui. Il a fallut que je frôle mon destin pour en arrivé à cette conclusion que de temps perdu, tu as reçu le même héritage et tu affronteras encore plus d'épreuve. Car tu es bien plus puissant que ton ancêtre… et que moi. J'espère vivre une existence entière pour que tu puisses en faire autant. » il me répondit que son espérance à lui était de me faire honneur. Nous avons alors marcher quelques années ensemble, sur le chemin de la destinée, main dans la main, complices inséparables d'une palpitante histoire à venir.

 

Aujourd'hui, je suis là, sur une chaise de bureau, à vous exposer l'histoire. D'années qui se sont écoulées, laissant le passé s'étendre d'avantage, et le présent grignoter un peu plus les espaces vierges du futur. Je suis là, mais pas seul. Je suis fier d'affirmer que mon ego est à mes côtés en ces instants, et qu'il m'aide à formuler ma volonté. Nous sommes liés pour la vie, rien ne pourra freiner notre complicité. Pas même l'autorité ou la peur. Et nous lutterons ensemble, encore longtemps je l'espère, pour la création, avec honneur.

 

 



Article ajouté le 2007-04-27 , consulté 266 fois

Commentaires


Mister BeBer le 08/07/2007 à 15:14:37
Vraiment excellents tes deux Essais sur l'Ego et la Destinée. Vivement le prochain. J'adore ce que tu fais.à+

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